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 Whoever saves one life, saves the world entire. - Eidel

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Eidel Warszawski
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Localisation : Berlin.
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Date d'inscription : 23/11/2016

MessageSujet: Whoever saves one life, saves the world entire. - Eidel   Dim 27 Nov 2016 - 15:31

Eidel Warszawski
Az ir vet kinder, dem goles shlepn, oysgemutshet zany.
(Pendant que vous endurerez nos années de souffrance, vous porterez ce fardeau.)

Bonjour, je suis Eidel Warszawski, j’ai vingt-huit ans et je suis sorcière née-moldue. Je suis originaire d'Allemagne ; mes études à Durmstrang (1913-1914), Poudlard (1914-1917) et l'Université Frédéric-Guillaume (1921-1928) m’ont amenée à devenir une civile en tant que médecin moldu. J’ai pour ambition de continuer à soigner les plus démunis aussi longtemps que je le pourrai, ramener ma soeur à la raison et me battre pour le droit des femmes dans mon pays.

Caractère
♦ Caractère & Ambitions :
Petite, elle souffrait d’un cruel manque de confiance en elle. Pourquoi ? Peut-être à cause de sa soeur, de cette si parfaite grande-soeur que tout le monde encensait sans arrêt. Ava, bien plus jolie, bien plus intelligente, bien plus agréable, bien plus tout. Si cela pesait sur l’aînée, la cadette ne s’en rendait pas compte et essayait tant bien que de mal d’arriver à la cheville de sa parfaite soeur. Il lui aura fallu de longues années avant de comprendre qu’Ava est loin d’être un modèle de perfection, qu’elle ne le sera jamais.
C’est une fille combative qui ne lâchera jamais le morceau. On lui disait que devenir médecin serait impossible, qu’elle pouvait bien aller à l’université mais choisir une filière plus ouverte aux femmes comme la littérature. Elle a refusé. S’est entêtée en hurlant haut et fort qu’elle avait sa place sur les bancs des cours d’anatomie. Elle a lutté tout le long de ses études pour obtenir ce diplôme et sa licence lui permettant d’exercer. C’est ce qui lui a ouvert les yeux sur la condition des femmes. Depuis sa première année, Eidel fait partie d’un groupe de féministes qui luttent pour l’égalité des sexes, pour que les femmes soient acceptées à l’université et dans toutes les filières. La brune assiste régulièrement à de longs meetings, manifeste auprès de ses camarades. Si elles ont le droit de vote, tant de choses restent encore à faire pour que les femmes soient mises sur le même pied d’égalité que les hommes ; et vous pouvez être certaine qu’Eidel ne lâchera pas l’affaire.
Une autre chose qu’Eidel ne lâchera pas : sa soeur. Sa chère soeur qui a coupé les ponts avec sa famille depuis l’accident d’Arabella. Eidel ne peut que comprendre la rancoeur d’Ava mais ne peut pas accepter que la brune ne puisse pas accorder son pardon à leur mère mourante. Elle veut faire changer d’avis sa soeur, peu importe ce qu’il en coûte mais il faut à tout prix que leur mère puisse partir l’âme en paix plutôt que de la voir se torturer comme elle le fait depuis deux longues années. S’il le faut, Eidel traînera sa soeur par les cheveux.

♦ Connaissance & capacités :
Eidel est diplômée de médecine, il est donc évident qu’elle a une très bonne connaissance médicale. Elle aurait aimé pouvoir devenir chirurgienne mais il était hors de question que l’on laisse une femme le devenir. Voyons, les femmes ne sont pas aptes à accomplir des opérations aussi délicates ! Eidel est capable de réaliser des accouchements mais aussi des avortements -dans le plus grand secret, bien entendu-. Ayant grandi dans une maison moldue, elle sait bien évidemment utiliser tous les objets du quotidien mais également conduire une voiture !
La cuisine, s’occuper d’une maison, coudre, tricoter, sont des tâches qu’elle gère au quotidien pour aider au mieux son père et sa mère malade. Il faut qu’elle soit multitâche. Fut un temps, Eidel jouait du violon que son grand-père paternel lui a enseigné mais cela doit faire bien huit ans qu’elle n’en a pas joué, par manque de temps. Eidel est également polyglotte. Grâce à ses origines, Eidel parle couramment le yiddish et le polonais ; l’allemand bien évidement et aussi l’anglais puis quelques rudiments de français. Le latin et le grec étaient au programme dans son cursus. Bien sûr, elle peut lire et écrire l’alphabet hébreu.  

Magie
♦ Patronus :
Eidel n'a jamais terminé ses études à Poudlard, elle a arrêté en cinquième année, soit deux ans avant la fin. De ce fait, la jeune femme n'a jamais appris le sort du Patronus. Néanmoins, si un jour elle vient à l'apprendre, elle découvrira que son patronus n'est autre qu'une adorable petite loutre de mer.

♦ Particularité :
Aucune.

♦ Affinités à la magie :
Bien qu'Eidel n'ait jamais terminé ses études magiques, elle a toujours eu certaines prédispositions pour les potions ainsi que la botanique. Lorsqu'il s'agit de faire des potions de soin, vous pouvez être certains qu'elle y mettra tout son coeur. Les sorts de soin sont également ceux que la jeune femme maîtrise le mieux. Chevaucher un balais ? Oh non merci, très peu pour elle ! La divination ? Non plus ! Elle n'a jamais fait de duel donc c'est loin d'être son point fort. Par contre, elle sait très bien transplaner et l'utilise régulièrement pour se rendre à Londres dans l'intention de visiter sa nièce.

Possession
♦ Baguette :
La baguette d'Eidel mesure 32cm et est en bois de poirier. Ce matériau lui donne une teinte claire et des reflets peu dorés avec de très fines veines teintées de vert très pâle. Légèrement ondulée, elle est légère et très facilement maniable. Sur le côté est gravé le nom de la baguette en yiddish : farkholemt, qui signifie rêveuse. C'est une baguette fidèle à son porteur mais surtout, une baguette qui refuse de faire le mal. Si Eidel décidait d'utiliser sa baguette à des fins nocifs, celle-ci refuserait d'obéir et ne réagirait pas. La baguette est particulièrement efficace pour lancer des sorts de guérison ou n'importe quel sort faisant le bien. Extrêmement résistante, même des mains fortes ne parviendraient pas à la briser ! En son coeur, la baguette referme une épine de monstre du Fleuve Blanc.

♦ Objets magiques :
Eidel possible une magnifique mallette de médecin. C'est un cadeau que lui a offert sa soeur, le jour de sa remise des diplômes. La mallette est faite de cuir de dragon, la rendant résistante à à peu près tous les dommages possibles et imaginables. Le cuir est noir irisé, prenant une teinte tantôt verte tantôt bleue en fonction de la lumière et de son exposition. Sur le côté sont gravées les initiales d'Eidel : E. R. W. Eidel Rebekah Warszawski, en argenté. Juste en dessous, la même chose mais en hébreu ( עידעל רעבעקאַה וואַרסזאַווסקי). L'intérieur de la mallette est tapissée d'un tissu bleu pâle qui ne se tâche jamais ! La mallette possède des tiroirs, étagères en tout genre et Eidel pourrait y ranger toute sa maison, l'objet ne connait pas de limite de stockage ! Pratique n'est-ce pas ? En plus de cela, elle pèsera toujours un poids plume. Sur les côtés intérieurs, Eidel peut même déposer quelques photos, ce qu'elle a fait. Une avec sa soeur, un autre où les deux filles étaient encore des enfants et sur les genoux de leurs parents. La photo de mariage de ses parents. Une autre de sa nièce, Arabella, avant son accident. Puis bien sûr, une de Franz et elle. Si jamais Eidel doit voyager ou pour une raison plus tragique, s'enfuir, la mallette se transformera en une petite sacoche qu'elle pourra transporter facilement partout. N'essayez pas d'ouvrir la mallette sans la permission d'Eidel ou cette dernière vous mordra !

♦ Créature magiques :
Aucunes.

♦ Autre :
Eidel ne possède pas de maison puisqu'elle habite encore avec ses parents. Il faut dire qu'elle ne touche pas un salaire régulier puis ses parents ont besoin d'elle au quotidien. Elle a une bicyclette qu'elle utilise surtout pour le travail et se déplacer plus rapidement qu'à pied. Son violon qu'elle n'a plus touché depuis des années qui trône dans un coin de sa chambre. Elle possède toujours la poupée de porcelaine qu'on lui a offert pour ses six ans, posée sur sa commode à côté de son miroir. Dans une petite boite, la bague de fiançailles de Franz est précieusement rangée, Eidel ne pense pas qu'elle s'en séparera un jour et elle la garde en sa mémoire. Autour de son cou, la brune porte en permanence une petite étoile de David en argent qui lui vient de sa grand-mère Yetta mais la cache sous ses vêtements pour éviter de quelconques ennuis. Le jour de sa remise des diplômes, Eidel a également reçu un collier en argent serti de fines émeraudes, cadeau des parents de Franz. Le bijou appartenait à la grand-mère de Mme Rosenbaum et Franz avait pour ambition de l'offrir à Eidel le jour de leur mariage.

Avatar : Jenna Coleman. Pseudo/Prénom : VioletHill/Ju'. Âge : Je suis jeune et fraîche comme la rosée du matin. D'où tu viens ? DTC. De Toulouse, putain con ! Mais j'habite en Pologne parce que pourquoi pas ? Comment as-tu découvert le forum ? Comme dirait Aigre :
Citation :
c’est mon enfant, je l’ai porté, je l’ai mis-au-monde, je l’ai aimé, je ne me l’explique pas.
. Comment tu le trouves ? Jsp qui a fait le design, mais il est laid. Est-ce que tu baises ? Juste ma loutre d'amour. Même si des fois elle est vile. ceci n'est pas de la zoophilie. Qui est ton admin préféré ? J'vais dire Ptr. Parce que Ptr sent bon. même si en vrai, on sait tous qui je préfère.


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Eidel Warszawski
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MessageSujet: Re: Whoever saves one life, saves the world entire. - Eidel   Mer 30 Nov 2016 - 20:14

Histoire
Run you clever girl and be a doctor.




1902

Elle est née un soir d’automne, alors que les feuilles des arbres s’étaient parées d’orange et de rouge. L’air était encore doux, le froid commençait doucement à arriver dans la ville de Berlin en cette fin 1902. Lorsqu’elle est venue au monde, elle avait déjà des cheveux bruns et ses yeux étaient grands ouverts, tout juste pleura-t-elle quand on la baigna pour la première fois. A l’étage inférieur, Józef fumait anxieusement dans le petite salon, assis à côté de sa mère qui avait un visage plus serein et qui tricotait une layette de couleur blanche. Le père Warszawski, lui, lisait paisiblement un livre, comme si toute l’agitation et la nervosité ne le touchait pas le moins du monde. C’était le deuxième accouchement d’Hannah, quatre ans après leur première fille, Ava et il faut le dire que tous espéraient ne serait-ce qu’un tout petit peu, un garçon. La déception se fit sur le visage du père, fils unique de son côté, la transmission de son nom lui revenait et une deuxième fille n’était pas si évident que cela à avaler. Pourtant, il oublia néanmoins sa déception très vite lorsqu’il tint le nouveau bébé dans ses bras. On laissa le choix du prénom à la grand-mère Yetta, une petite femme toujours vive et qui parlait l’allemand avec un terrible accent polonais, contrairement à son époux qui n’avait plus une trace de langue slave dans sa prononciation. La grand-mère tenait l’enfant dans ses bras, la berçant doucement en la regardant avec tendresse. C’était un petit bébé, pareil à une frêle poupée de porcelaine.

« Eidel. Libt zi ? Murmure en yiddish la vieille à la petite qui se contente de bailler. Yo. Libt. Zi heyst Eidel. » (Eidel. Aimes-tu ? Oui, elle aime. Elle s’appelle Eidel.)

Délicatement, Yetta repose le bébé dans les bras de sa mère qui est accompagnée de son aînée. La fillette a été réveillée pour l’occasion, ses cheveux bruns sont un peu emmêlés et ses petits yeux sont gonflés de fatigue mais elle caresse du bout des doigts la tête chevelue de sa petite soeur. Au petit matin, Józef se rendra à la synagogue du quartier afin de prononcer le prénom du nouveau-né à la Torah et recevoir une bénédiction pour Hannah et Eidel. La famille Warszawski n’est pas une famille très pratiquante, ils respectent néanmoins shabbat ainsi que les fêtes juives mais ne se rendent que peu souvent à la synagogue à l’exception de Yetta. D’ici quelques jours, on célèbrera le « Zeved habat » où Eidel rentrera officiellement dans l’alliance d’Israël comme sa soeur avant elle, sa mère, ses grands-mères et toutes les autres femmes de sa famille.


1908

Des grosses boucles épaisses et brunes encadrent son visage poupin aux joues rondes et pleines. Elle tient entre ses petites mains une poupée toute neuve qu’elle a reçu pour son sixième anniversaire, quelques jours plus tôt. La poupée est faite de porcelaine, ses joues sont roses et ses yeux verts clair tandis qu’elle a de longues anglaises blondes qui lui donne un air angélique, elle porte une superbe robe blanche et un petit chapeau de paille. Lorsqu’Eidel a ouvert la paquet déposé sur la table à son intention, elle a poussé des exclamations de joie, sautillant sur place en serrant sa nouvelle poupée. Elle est assise sur le tapis du salon, elle caresse délicatement les cheveux du jouet et derrière-elle, Yetta brode un mouchoir. La grand-mère repose son ouvrage, remet en place ses petites lunettes rondes puis s’adresse à l’enfant :

« Eidel, vayzn mir deyn lyalke. » (Eidel, montre-moi ta poupée)

Eidel relève la tête, regarde sa grand-mère et hoche de la tête avant de se lever pour s’avancer vers sa grand-mère. Elle tend le jouet que la vieille dame prend délicatement entre ses mains pour examiner d’un peu plus près la super poupée. Peut-être se dit-elle que dans sa jeunesse, elle était loin d’avoir de si jolis choses. Yetta vient d’une famille juive polonaise plutôt pauvre, son père n’était qu’un cordonnier et elle avait six frères et soeurs ; c’est uniquement grâce à sa rencontre avec Szymon Warszaski, fils de bonne famille et médecin, que Yetta a pu se sortir d’une vie misérable.

« Zi iz sheyn ; Zi heyst ? (elle est jolie ; comment s’appelle-t-elle ?)
-Zi heyst Angelika, bobe ! » Répond joyeusement la gamine. (elle s’appelle Angelika, grand-mère !)

Yetta rend sa poupée à sa petite-fille, tapote délicatement la tête brune avec un sourire tendre. Elle est contente de pouvoir parler yiddish ou polonais avec ses petites-filles ; uniquement lorsque son fils n’est pas dans les parages, car ce dernier s’exclamerait « en allemand, pour l’amour du ciel ! » et Yetta grimacerait. Son fils a beau être né en Pologne, il était âgé de seulement trois ans lorsque la famille Warszawski quitta Gdańsk pour venir vivre à Berlin, il ne se sent pas attaché à ses origines. Józef n’a jamais eu de cesse de répéter qu’il était avant tout allemand, bien avant d’être juif ou encore polonais. Il a même épousé une juive allemande pure souche ! Enfin, Yetta apprécie sa bru mais que peu la mère Birnbaum, trop austère et aussi aimable qu’une porte de prison depuis le décès de son époux, dix-huit ans plus tôt. La jeune Ava entre soudainement en trombe dans le salon, regarde sa soeur. Ses cheveux sont décoiffés, ses prunelles pétillent.

« Maman a préparé de la brioche pour le goûter ! »

Eidel lève les yeux vers la pendule de bois sombre, regarde l’heure et constate avec ravissement qu’il est l’heure de goûter. Son ventre gargouille déjà en pensant à la brioche dorée préparée amoureusement par leur mère et qui n’attend plus qu’être dévorée par les deux soeurs. Ainsi que grand-mère Yetta. La petite brune attrape la main de sa grand-mère et l’entraine avec elle jusque dans la cuisine dans laquelle les fillettes ont l’habitude de prendre leur goûter tous les jours.  La vieille dame a droit à une tasse de thé tandis que les filles se régalent de lait chaud et de la brioche qu’elles mordent avec appétit. Eidel ne va pas encore à l’école, elle reste à la maison où sa mère l’éduque avant qu’elle ne rejoigne elle aussi, comme Ava, les bancs de l’école du quartier. Eidel a hâte, encore deux années et elle partira aussi avec le cartable en cuir que son père lui a promis de lui offrir. La tête appuyée sur sa main, les yeux rêveurs, Eidel s’imagine suivre sa soeur à l’école.


1910

Eidel court dans la neige qui recouvre l’entièreté de l’herbe morte du parc. C’est un glacial mois de décembre et c’est emmitouflée dans un épais manteau rouge et portant un bonnet en laine blanche que la petite brune âgée de huit ans s’amuse. Sa soeur ? Oh… Oh elle n’est plus là… Depuis un an déjà, Ava a rejoint une école spéciale, une école faite pour les gens extraordinaires comme elle ! Une école de sorciers, Durmstrang. Eidel a toujours su que sa grande-soeur est particulière, unique dans cette famille et il faut l’avouer la gamine crève de jalousie. Oh elle sait que c’est mal, la jalousie est un vilain défaut mais la brunette ne peut s’en empêcher ; elle a toujours été jalouse de sa merveilleuse soeur. Mais maintenant, aussi proche soient elles, les deux soeurs Warszawski doivent faire l’une sans l’autre durant de longs mois. Eidel a hâte de la voir revenir à la maison, qu’elle lui montre encore sa baguette ou les photographies qui bougent comme par magie ! Pour le moment, elle s’occupe, rejoint des camarades de classe au petit étang pour faire du patin à glace. La gamine est d’une timidité maladive, a du mal à se faire des amis mais quelques filles de sa classe sont plutôt gentilles. Puis il y a Franz Rosenbaum, le fils d’un ami de son père qui a deux ans de plus qu’elle mais traine souvent avec les soeurs Warszawski. Elle le voit un peu plus loin qui lui fait de grands signes.

« Héééééé ! Eidel ! »

Eidel accélère le pas, se dépêche de rejoindre le brun pour s’installer sur le banc à côté de lui afin d’enfiler ses patins.

« Des nouvelles d’Ava ? Demande le jeune garçon en rougissant légèrement. C’est dommage qu’elle soit partie en pension à l’étranger.
-Oui, très dommage. » Répond rageusement la petite fille en ajustant ses lacets.

Ava, Ava, Ava. Tout le monde n’en a que pour la ravissante Ava tandis que la petite Eidel, boulotte et maladroite… Alors oui elle n’a que huit ans mais elle n’a jamais eu aucun amoureux et ça, c’est triste ! En colère, la fillette s’élance sur la glace de l’étang pour commencer à tourner. Elle patine vite, son sang continue de bouillir dans ses veines et… L’épaisse couche de glace se fissure violemment ; Eidel plonge brusquement dans l’eau glacée. Son souffle est coupé, elle se sent couler à cause du poids de ses vêtements. À la surface, les gamins appellent à l’aide, Franz est parti en courant et les autres ne savent que faire. Personne n’ose s’aventurer sur la glace de peur de tomber à leur tour. La brune lutte de toutes ses forces pour remonter à la surface, seulement elle ne parvient pas à trouver une ouverture, ses poings frappent la surface gelée de l’étang. En vain. Elle va se noyer. Elle a peur. Froid. Quand d’un coup, la glace au-dessus d’elle explose et Eidel se retrouve propulsée hors de l’eau pour atterrir dans la neige. Elle tousse, crache de l’eau, son corps est frigorifié, tremble comme une feuille dans le vent. Franz revient en criant, se précipite vers son ami et retire son manteau pour le poser sur les épaules d’Eidel. Il est revenu avec un des voisins qui soulève la gamine dans ses bras avant de l’amener le plus vite possible à la maison. Les enfants jettent des regards intrigués, que s’est-il passé ? Comment Eidel a-t-elle pu sortir ainsi de l’eau ? Le mystère restera entier jusqu’au prochain incident.


1913

Eidel est enfermée dans les toilettes depuis plusieurs heures déjà, elle sanglote, assise sur le couvercle rabattu des cabinets. Elle essuie son nez qui coule sur sa robe de sorcière qui, contrairement à certains élèves, n’est pas rouge sang mais d’un gris disgracieux avec un col rouge qui rappelle à tout le monde son sang. Celui d’une née-moldue. Peu d’élèves nés-moldus sont acceptés à l’académie Durmstrang, il y a un examen à l’entrée afin d’en limiter le nombre au plus possible et Eidel ne sait comment elle a réussi à le passer. Elle ne peut pas dire qu’ils ont été moins exigeants, ils ne le sont aucunement envers les gens comme elles. La porte des toilettes s’ouvre le sang d’Eidel ne fait qu’un tour. Sans un bruit, elle ramène ses jambes contre elle afin d’éviter qu’on ne puisse les voir.Tout son corps est tendu à l’extrême. La petite brune n’ose plus respirer, de peur qu’on l’entende. Isöld rit brièvement, d'un rire froid qui glace le dos de la petite brune et Eidel se recroqueville un peu plus sur son siège. A côté d’elle, elle peut entendre les portes des cabines s’ouvrir violemment les unes après les autres. Elle va la trouver. Elle peut la prendre par surprise, attendre qu’Isöld se retrouve derrière et ouvrir en trombe pour lui tomber dessus et s’enfuir. Oui. Ca peut marcher.
Eidel attend le dernier moment puis elle bondit hors de la cabine en heurtant violemment la brune qui tombe à la renverse. La gamine se dépêche de courir en dehors des toilettes alors qu’elle entend un hurlement de rage dans son dos. Vite, vite vite. C’est alors que quelque chose vient entraver ses jambes, les lier et Eidel tombe en avant sur le sol froid et dur du couleur. Les pas résonnent derrière elle, ils sont précipités, rageurs et le corps de la brune se met légèrement à trembler. Son corps est retourné, elle roule sur le dos pour faire face à Isöld qui a posé un pied sur l’estomac d’Eidel. Sur sa lèvre inférieur, une petite goutte de sang perle ; le regard de la sang-pur est rempli de rage, de haine. Isöld enfonce brutalement son ventre dans l’abdomen d’Eidel. La gamine couine un peu, la douleur irradie sa poitrine et elle se tortille dans tous les sens dans l’ambition de s’échapper. Un nouveau coup est porté à son ventre avant qu’Isöld n’enfonce sa baguette dans la joue d’Eidel et qu’une trainée de sang ne commence à couler sur sa peau pâle. Sans qu’elle ne puisse faire quoi que ce soit, l’odieuse gamine lance le sort de langue-de-plomb l’empêchant de dire quoi que ce soit. Ne pouvant plus crier, Isöld en profite pour lacérer la peau de la brunette à de multiples endroits ; son visage, ses bras, ses jambes, sa nique ainsi que des brûlures magiques. Ce n’est qu’une fois satisfaite qu’Isöld traine Eidel dans les toilette, toujours attachée et incapable de parler pour la balancer dans les toilettes et l’y enfermer. Eidel restera dans ces toilettes jusqu’à ce que quelqu’un finisse par la trouver. Isöld ? Oh elle ne sera jamais inquiétée pour cette histoire, Eidel n’est qu’une née-moldue et personne ne s’intéresse aux traitements de ces élèves.


1914

Eidel se tient le dos droit, le visage grave et elle regarde sans vraiment le voir le paysage qui défile sous ses yeux sans vraiment le voir. Elle et sa soeur Ava sont arrivées deux jours plus tôt à Londres, envoyées par leur mère afin de ne plus rester dans cette école néfaste qu’est devenue Durmstrang. Adieu robes rouge-sang, bonjour le noir austère. Ce n’est pourtant pas ce qui préoccupe le plus la jeune fille de douze ans mais plutôt son père. Quelques jours plus tôt, elle l’a vu partir sur le front, vêtu de son uniforme militaire et l’air fier. Alors que sa mère, sa femme et ses filles pleuraient, il n’avait de cesse de les rassurer, leur dire qu’il serait vite de retour, la guerre serait vite gagnée. Qu’en savait-il ? L’angoisse étreint maintenant le ventre de la brune qui ne peut s’empêcher d’avoir peur pour son pauvre papa. Et s’il ne revenait pas ? S’il mourait sur le front, loin de sa famille ? Rien que d’y penser, les yeux bruns de la gamine se remplissent de larmes qu’elle s’empresse d’essuyer. Sa soeur est installée en face d’elle, silencieuse. Eidel la regarde, Ava a toujours été la plus jolie des soeurs Warszawski tout comme la plus brillante ; et la plus jeune a une admiration sans borne pour son aînée. Combien de fois a-t-elle essayé de lui ressembler ? Le temps qu’elle a pu passer devant un miroir dans l’espoir d’arranger joliment sa chevelure comme le fait sa grande-soeur. Elle n’y est jamais parvenu, pas à ses yeux en tout cas.

« Ikh bin dershrokn, Ava. » Dit-elle d’une petite voix en yiddish. (J’ai peur, Ava.)

L’aînée regarde sa cadette, se déplace de sa banquette pour venir s’installer à côté d’elle et prendre sa soeur dans ses bras afin de la rassurer. Elle embrasse le front de la gamine, lui fait un petit sourire réconfortant.

« Shhh, tout se passera bien, Eidel. Ne t’inquiète pas, papa ira bien. »

Il n’y a pourtant pas que cela qui tracasse la jeune fille. Comment cela va-t-il se passer dans leur nouvelle école de sorcellerie ? A… Poudlard. Durmstrang est devenu un endroit néfaste et le directeur de l’école britannique a invité les élèves ne se sentant pas en sécurité à rejoindre ses bancs. Qui plus est, avec la guerre, ils seront plus en sécurité loin du continent. Mais les élèves ? Que vont-ils penser de ses enfants d’ennemis ? Car n’est-ce pas ce qu’ils sont les uns pour les autres, des ennemis ? Eidel a peur de se retrouver seule, sans sa soeur, elle qui n’a jamais réussi à vraiment s’intégrer dans ce monde magique dans lequel sa soeur est tant à l’aise. Comment fait-elle ? Comment diable Ava peut-elle être aussi à l’aise partout où elle va ? Une petite pointe de jalousie étreint le coeur de la jeune Eidel, ce qu’elle aimerait être comme Ava !

Ils attendent derrière une immense porte. Eidel n’a eu de cesse de s’émerveiller devant l’immense château si impressionnant ; sa bouche est sans arrêt en train de s’ouvrir et ses yeux de s’écarquiller. Elle est au milieu d’élèves de première année mais ainsi que d’autres venant de Durmstrang et ayant quitté l’institut à leur tour ; tous attendent la cérémonie de répartition qui les enverra dans leur future maison. Les portes s’ouvrent et le groupe entre dans l’allée formée par de longues rangées de tables occupées par d’autres élèves. La brune lève les yeux, regarde avec émerveillement le plafond magique, les bougies suspendues dans les airs et elle est tellement discrète qu’elle trébuche sur sa robe, rattrapée de justesse par sa soeur. Elle attend, anxieuse, que l’on appelle son nom.

« Eidel Warszawski. »

La gamine regarde sa soeur, déjà installée à la table des Serpentard et elle déglutit difficilement. Ava lui lance un regard d’encouragement, elle prend une grande inspiration et s’avance, s’assied sur le tabouret puis patiente. Le choixpeau est déposé sur la tête de l’enfant et clame rapidement d’une voix sûre :

« Serdaigle ! »

Eidel se relève, se dirige vers la table de sa nouvelle maison, le coeur lourd de ne pas pouvoir être avec sa soeur. Timidement, la brunette s’installe entre ses nouveaux camarades mais n’ose pas dire un mot, le nez baissé sur son assiette, elle se contentera de manger dans le plus grand des silences.


1917 - 1918

Eidel récupère la lettre d’une main tremblante. Chacune des missive que sa mère lui a envoyé ces trois dernières années, la brune était remplie  d’angoisse. Et si quelque chose était arrivé à leur père, sur le front français ? Eidel ne peut s’imaginer grandir dans un monde où son père ne serait plus et la simple penser lui fait monter les larmes aux yeux. Elle déchire l’enveloppe, tire la lettre qui se trouve à l’intérieur et ses yeux commencent à parcourir les lignes écrites en allemand. A mesure qu’elle s’enfonce dans sa lecture son coeur se serre, se fissure puis éclate en morceaux. De grosses larmes dégoulinent sur ses joues pâles, son corps tremble et de violents sanglots la secouent. Le pire est arrivé. Son père, son cher papa est porté disparu. Plusieurs semaines que ce dernier a disparu lors d’une offensive allemande ; il est probablement mort, a-t-on dit à sa mère. D’une geste de la main, elle essuie son nez qui commence à dégouliner et descend de la tour en courant à toute vitesse ; elle doit quitter cette école. Il faut qu’Eidel prévienne sa soeur, que toutes deux retournent en Allemagne pour prêter main forte à leur mère ainsi qu’à leur grand-mère. Les deux femmes sont seules, abattues et ont besoin d’Ava et Eidel. Elle se précipite jusqu’au bureau du directeur de sa maison, lui explique d’une voix serrée la situation, la supplie de la laisser partir. Eidel n’est pas la seule à regagner quelques temps sa famille après le décès d’un père, d’un frère… On consent à la laisser partir mais avant elle ira chercher sa soeur et ensuite, un professeur la conduira jusqu’en Allemagne. On ne va tout de même pas laisser une adolescente de quinze ans voyager seule.

Elle frappe à la porte (jspoù), attend une réponse avant que celle-ci ne s’ouvre sur sa soeur aînée qui ne cache pas sa surprise de voir sa cadette en dehors de Poudlard au milieu de l’année. Ses yeux croisent ceux du professeur accompagnant Eidel et sa perplexité ne fait qu’augmenter.

« Ava… C’est papa… Il a disparu… Dit Eidel en allemand. Maman m’a envoyé une lettre et je rentre à Berlin. Il faut que tu viennes avec moi. »

Ava la regarde, interdite avant de secouer la tête. Elle ne veut pas retourner en Allemagne, pas alors qu’elle fait sa vie ici, en Angleterre. Une vie bien meilleure que ce qu’elle pourrait avoir dans son pays natal. Le visage d’Eidel se peint d’une moue d’effroi. Comment sa soeur peut-elle refuser de rentrer alors qu’on a besoin d’elle ? Cela énerve Eidel de voir sa soeur si égoïste !

« Mais maman et bobe ont besoin de nous ! Tu ne peux pas rester là, tu dois venir.
-Non. Rentre sans moi. »

Le ton est sans appel, les bras lui en tombent presque. Des larmes de rage aux yeux, Eidel hoche de la tête, les poings serrés. D’accord, qu’elle reste donc dans son si fabuleux pays ! Elle, elle sera une bonne fille et rentrera. Une fois la porte refermée, Eidel prend le bras du professeur qui les transplane jusqu’à Berlin.

Plusieurs mois déjà que Józef Warszawski a disparu quelque part en France et qu’Eidel est revenue de Poudlard afin d’assister sa mère et sa grand-mère. Toutes trois se serrent les coudes, au petit matin, Eidel et sa mère partent travailler dans une usine en dehors de Berlin afin de subvenir aux besoins de la petite famille. Emmitouflées dans leurs manteaux, mère et fille marchent sur les trottoirs glacés de la capitale Allemande, leur gamelle de soupe sous le bras. Hannah passe un bras sur les épaules de sa cadette pour la rapprocher d’elle et tenter de la réchauffer un peu plus. Il faut dire que cet hiver est particulièrement rigoureux et que tous meurent de froid… Eidel se serre contre sa mère, elle a eu quinze ans il y a quelques semaines mais avec la fatigue, la malnutrition et le stress constant, elle en fait dix de plus.

« Tu aurais dû retourner à l’école, mayn gelibte. Là-bas, tu y serais au chaud et tu n’aurais pas besoin de venir travailler dans une vilaine usine. Dit doucement Hannah.
-Neyn, mame. Vous avez besoin de mon aide et je préfère être avec toi et bobe. »

La mère embrasse les cheveux de sa fille. Ce n’est pas la vie qu’elle souhaite que sa cadette vive, au moins, son aînée est loin de toute cette misère même si celle-ci lui manque terriblement. Elle est néanmoins fière de sa gelibte qu’elle trouve si grandie depuis quelques temps. Ce n’est plus la petite fille timide et incertaine qu’elle était autrefois mais une jeune fille plus affirmée et mature.

1918

En ce soir de Hannukah, toute la famille Warszawski est réunie dans le salon de la maison. De retour depuis quelques jours du camp de prisonnier dans lequel Józef a passé plus d’une année, il est enfin de retour parmi les siens. L’homme a des traits émaciés, il a énormément maigri et ressemble un peu à un fantôme mais pourtant ses yeux brillent comme jamais. Il ne croyait pas qu’il reverrait un jour sa famille et l’inverse était réciproque. Après un an et demi, plus personne ne pensait que Józef reviendrait ; l’ont pensait qu’il ne serait plus qu’un nom sur une liste interminable, un sur les millions d’hommes morts dans cette boucherie que fut cette guerre. Pourtant, il est là, portant sa kippa et entourée de quatre femmes de la famille ainsi que de la mère d’Hannah, présente pour l’occasion. La hanukkia est posé sur le rebord intérieur de la fenêtre, le père craque une bougie afin d’allumer le Shammash puis à l’aide de ce dernier, allumer la mèche de la première bougie à gauche, la Hanoukia. Tout en faisant cela, il récite la bénédiction :

« Baruch Atah Adonai Eloheinu Melech Ha'olam, asher kidshanu b’mitzvotav v’tzivanu l’hadlik ner shel Hanukkah. Baruch Atah Adonai Eloheinu Melech Ha'olam, she’asah nisim l’avoteinu, b’yamim haheim bazman hazeh. Baruch Atah Adonai Eloheinu Melech Ha'olam, shehekheyanu, v’kiyamanu vehegianu lazman hazeh. » (Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l’Univers, qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné d’allumer les lumières de Hanoucca. Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l’Univers, qui a fait des miracles pour nos pères en ces jours-là, en ce temps-ci. Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l’Univers, qui nous a fait vivre, exister et parvenir jusqu’à ce moment.)

Durant quelques instants, tous regardent la bougie brûler avant que Józef n’embrasse le front de ses filles puis la famille s’éloigne de la fenêtre pour rejoindre la table déjà mise. Hannah apporte les latkes, des beignets de pomme de terre ainsi que les soufganiyot, beignets fourrés de confiture à la fraise. Les yeux bruns d’Eidel passe d’un visage à un autre tout en mordant dans un latkes. Elle n’aurait jamais espéré revivre un Hannukah avec toute sa famille réunie. Son sourire ne la quitte pas, la brune aimerait que ces huit jours passent le plus lentement possible afin de profiter de ces moments si précieux, de la présence de sa soeur à la maison et de l’ambiance festive de Hannukah. L’Allemagne a été vaincue mais c’est le cadet de ses soucis. Le plus important, c’est d’aider son père à se retaper, aider sa mère et se remettre à étudier ardemment. Poudlard ? Elle n’y retournera pas, Eidel a décidé de ne pas continuer ses études magiques, elle a d’autres aspirations. Puis dans le fond, elle ne s’est jamais réellement intégrée à ce monde-ci.


1921

Elle est assise sur un divan recouvert de velours, entourée de sa mère et de la future belle-mère de sa soeur. Les trois femmes attendent patiemment que la future mariée finisse de s’habiller. Eidel est de mauvaise humeur ; ce mariage, elle ne l’approuve pas. Elle n’a jamais apprécié Hadrien Lovelace, le fiancé. La brune l’a toujours trouvé hautain, détestable et tout simplement pas assez bien pour sa chère soeur. Certes il est beau, anglais, de sang-pur mais aussi riche, il est loin d’atteindre la perfection. Ce qu’Ava mériterait mieux ! Les parents ont eu du mal à accepter la nouvelle, dans un premier temps. Uniquement parce que Hadrien n’est autre qu’un goy, un non-juif mais la petite déception passée, tous deux se sont réjouis pour l’excellente nouvelle. Hannah s’est même mise à pleurer, heureuse de voir enfin une de ses filles se marier. Oh elle n’a jamais douté que sa chère Ava serait la première à le faire, qu’elle ne la décevrait pas sur ce point là.
Eidel a ses bras croisés contre sa poitrine, elle souffle sur une mèche brune qui barre son visage et sa mère lui lance un regard de travers. La jeune fille se redresse sur le divan, tente d’avoir une attitude plus… Distinguée ? Oui, voilà. Une porte s’ouvre, Ava fait son entrée vêtue de sa robe de mariée et Hannah se met déjà à renifler pour éviter d’éclater en sanglots. Eidel observe sa soeur, sa magnifique chevelure brune, la robe qui flatte si élégamment sa silhouette avantageuse, ses yeux qui brillent… Soudainement prise d’un vif sentiment d’infériorité, Eidel serre un peu plus ses bras contre sa poitrine.

« Ava, tu es magnifique. » Fait Hannah, les yeux brillants de larmes.

Eidel, elle, se contente juste d’hocher de la tête avec un vague sourire. Elle n’a pas envie de parler, pas alors que les deux mères sont dans la même pièce qu’elle ; peut-être a-t-elle encore le temps de dissuader sa soeur. Après tout, tant que les deux sorciers ne sont pas liés par les liens du mariage, tout est possible, non ? La jambe droite d’Eidel est agitée par un tic nerveux qu’elle a beaucoup de mal à dissimuler, elle peut sentir le regard interrogateur de sa soeur. On frappe à la porte, Eidel n’écoute pas et ne comprend pas trop pourquoi sa mère et la belle-mère d’Ava sortent mais elle s’en réjouit.

« Ne l’épouse pas, Ava. Dit doucement la brunette tout en fixant son aînée. Tu es en train de faire la pire erreur de ta vie. »

Ava fait volte-face, une expression choquée sur le visage. Avant que la future mariée ne s’emballe, Eidel lève les mains en signe de paix et préfère ne pas lui laisser le temps de s’exprimer.

« Tu mérites tellement mieux, bon sang ! Tu ne le vois pas ? Tu es brillante, tu vas t’attacher à cet idiot pompeux et imbu de lui-même. Je ne l’aime pas, je n’aime pas te savoir avec lui, je ne lui fais pas confiance. La jeune fille se lève, s’approche de sa soeur. Ce n’est pas trop tard, tu as encore le temps d’annuler et… »

La brune est interrompue par la porte qui s’ouvre, leur père entre, demandant si Ava est fin prête. Pendant quelques instants, Eidel espère de tout son coeur que sa grande-soeur répondra qu’elle a changé d’avis, qu’elle ne va finalement pas se marier. Mais rien ne se passe comme elle l’aurait voulu. La tête basse et le visage fermé, la brune rejoint sa mère pour assister, impuissante, à l’enchaînement de sa chère soeur.

1922

Doucement, Eidel tape deux coups à la porte puis attend qu’on l’invite à entrer. Sur la pointe des pieds, la jeune femme pénètre dans la chambre de la clinique et s’approche du lit dans lequel se repose sa soeur. Dans ses bras, elle tient un minuscule bébé emmailloté, sa fille. La nièce d’Eidel.

« Hey… »

Les regards des soeurs se croisent, elles se sourient et la plus jeune vient s’installer près du lit. Elle dépose un baiser sur la joue d’Ava, se focalise ensuite sur l’adorable visage d’Arabella. Des cheveux blonds, un petit bout de nez à croquer, Eidel ne saurait dire si l’enfant ressemble plus à sa mère ou à son père mais peu importe, elle est magnifique.

« Elle est superbe, Ava… Je peux ? » Demande-t-elle avec une forte envie de tenir sa nièce dans ses bras.

Délicatement, le bébé est déposé dans le creux de ses bras ; Eidel la serre doucement contre elle. Elle embrasse son front, caresse une joue du bout de son index.

« Sholem-aleykhem, meyn kleyn eyner. (bonjour ma petite (little one)) Murmure doucement la brunette et roule des yeux au regard de sa soeur. Oh ça va, tu ne vas pas faire comme papa faisait avec bobe Yetta et hurler « en allemand » ou « en anglais » dans notre cas. Ta fille n’échappera pas au yiddish et tu le sais bien. »

Les deux soeurs rient doucement en choeur, toutes deux se souviennent de cette époque où plus jeunes, leur grand-mère ne s’adressait à elles qu’en yiddish ou en polonais. A chaque fois que Józef avait une oreille qui traînait dans le coin, les gamines pouvait l’entendre pester contre sa mère qui, en toute franchise, n’en avait rien à faire. Deux années que Yetta est décédée, paisiblement dans son lit, et Eidel se dit que la grand-mère aurait été heureuse de voir la nouvelle addition à la famille. La jeune femme s’assied sur le bord du lit de sa soeur, garde encore quelques instants sa nièce avec elle avant de la rendre à la jeune mère. C’est là qu’elle les voit ; les marques sur son avant-bras.

« Ava ? Qu’est-ce que c’est ? »

Pas de réponse. Sa soeur tenant son enfant, elle se retrouve dans l’incapacité de faire des mouvements brusques alors Eidel en profite, remonte la manche du peignoir et constate avec horreur les taches bleues sur la peau blanche de sa soeur.

« C’est lui, n’est-ce pas ? C’est ce connard qui t’as fait ça ?! Tu ne peux pas rester avec lui, Ava. Cet homme est un monstre, voilà ce qu’il est. Par pitié, je t’aiderai ! Tu n’as qu’à revenir en Allemagne avec Arabella, on s’occupera de toi, de vous deux, mais ne retourne pas chez lui. Tu ne peux pas le laisser s’en prendre à toi. Imagine si un jour il lève la main sur votre fille ? »

Les yeux de la jeune femme se sont remplis de larmes, elle serre la main de sa soeur. Si seulement Ava pouvait entendre raison ! Certes un divorce est quelque chose de mal-vu mais que vaut une réputation face à une vie ? Deux, même. Eidel tremble à l’idée que son beau-frère continue de faire souffrir sa soeur, qu’il se mette à faire souffrir sa nièce. Comment peut-elle rester là à ne rien faire ? Eidel vient appuyer sa tête contre celle de son aînée, leurs mèches sombres s’emmêlent et des larmes coulent lentement sur les joues.

« S’il te plaît, Ava… Supplie Eidel. Cela me brise le coeur de te voir souffrir… On te trouvera un avocat, on fera tout pour te libérer de lui… N’y retourne pas… Ikh hob dikh lib, Ava… » (je t’aime, Ava)

Un bras vient se glisser sur les épaules d’Eidel ; son estomac est noué, sa gorge serrée par des sanglots qu’elle refoule. Elle n’a pas envie de vivre avec cette peur au ventre, celle qui la tiendra éveillée toutes les nuits en pensant à sa soeur. Si il lui arrivait quelque chose… Non, elle ne veut pas y penser, il ne faut pas y penser.


1926


Eidel n’était pas encore rentrée de l’université qu’une certaine agitation régnait déjà dans la maison Warszawski. De son côté, la brune est pleinement concentrée sur son cours, rien ne semble pouvoir venir la perturber… A part peut-être une porte qui claque dans son dos et qui la fait brusquement sursauter. C’est le milieu de l’après-midi d’un magnifique mois d’avril ; les arbres sont en fleurs et bien qu’Eidel préfère l’automne et l’hiver, le printemps reste une jolie saison mais trop pluvieuse à son goût. Elle range ses livres dans sa serviette en cuir, enfile son manteau rouge ainsi que son chapeau avant de quitter l’amphithéâtre dans lequel avait lieu son cours d’anatomie. Elle ne regrette pas d’avoir autant bataillé pour rejoindre les bancs de l’Université Frédéric-Guillaume, des mois à se battre pour en avoir le droit et être un tant soit peu acceptée par ses camarades exclusivement masculins. Une fois en dehors du campus universitaire, la brune accélère le pas afin d’attraper au plus vite un tramway et se frayer un chemin entre les personnes agglutinées à l’intérieur du wagon. Après une vingtaine de minutes, elle continue son chemin à pied, jusqu’à la maison.

« Je suis rentrée ! »  Dit-elle tout en retirant son manteau et son chapeau.

Pas de réponse.

« Mame ? Tate ?
-Eidel, nous sommes ici ! » Résonne enfin la voix de sa mère venant du salon.

La brune force les sourcils, se presse de rejoindre la pièce avant de s’arrêter à l’entrée. Assis sur son fauteuil, son père semblait être en grande discussion avec Franz, le fils d’un de leurs amis et qu’Eidel fréquente depuis quelques années déjà. Sa mère tient une tasse de thé, a un sourire radieux sur les lèvres et semble incapable de tenir en place.

« Que se passe-t-il ? Tate ?
-Franz est venu nous voir pour demander ta main. » Répond Józef dans le plus grand calme.

La bouche d’Eidel s’ouvre en grand, sa mâchoire lui en tombe presque et elle ne sait que répondre. Sa main ? Mais. Non. N’est-ce pas un peu tôt ? Cela ne fait que…. Combien de temps ? Trois ans ? Oui, trois ans que Franz et elle sont ensembles. Puis a-t-elle envie de se marier ? Rien n’est moins sûr. Aime-t-elle Franz ? Pas sûr non plus. De l’affection, oui, elle en a, beaucoup. Mais de l’amour ? Non.

« Tu ne dis rien, fait sa mère soudainement inquiète. Eidel ? »

Elle secoue doucement sa tête.

« Je… Je ne m’attendais pas à cela, c’est tout. »

Franz pose sa tasse de thé sur la table basse puis se lève en rajustant la veste de son costume.

« Pardonne-moi, je ne voulais pas te brusquer. Veux-tu m’accompagner dehors un instant ? »

Eidel hoche de la tête et Franz lui emboite le pas afin que tous deux sortent de la maison pour marcher dans la rue. Ils restent silencieux un moment, le jeune homme ne souhaitant pas brusquer un peu plus la brunette, il préfère attendre que ce soit elle qui entame la conversation.

« Le mariage… Nous n’en avons jamais parlé. N’est-ce pas un peu précipité ? Ni toi ni moi n’avons terminé nos études.
-Tu oublies que je suis dans ma dernière année, Eidel. Dès que j’aurai mon diplôme, j’irai travailler dans le cabinet d’avocat de mon père. D’ici deux ans il me laissera la main.
-Mais… Et les miennes ? Il me reste encore deux années, j’aimerais pouvoir pratiquer… Me laisseras-tu seulement exercer une fois que nous serons mariés ? »

Elle scrute le visage de Franz qui s’est un peu fermé. Voilà une des raisons pour laquelle elle ne souhaite pas se marier, devoir se retrouver à ne pas pouvoir travailler alors qu’elle étudie tellement, qu’elle s’est battue d’arrache-pied et au final, ce sera pour rien.

« Jusqu’à ce que nous ayons des enfants, cela me parait raisonnable. Après… Il faudra bien quelqu’un pour prendre soin d’eux, ne serait-ce jusqu’à ce qu’ils soient en âge d’aller à l’école.
-Nous pourrions engager une nourrice. Ou bien les confier à mes parents ou les tiens en journée. Ma mère en serait enchantée, elle ne voit que trop peu souvent Arabella.
-Non. C’est le devoir d’une mère et d’une épouse d’élever les enfants.
-Et si je ne veux pas ? Ne pouvons-nous pas trouver un compromis ? Je ne sais pas, attendre que j’ai terminé mes études et me laisser pratiquer une année avant de songer à faire des enfants. Ensuite, je pourrais… Travailler deux ou trois fois par semaine lorsqu’ils seront sevrés ? » S’offusque Eidel.

La voilà énervée, agacée par ces propos idiots. Pourquoi ne pourrait-elle pas combiner vie professionnelle et familiale ? Tiens, la voilà qui se met à penser à l’éventualité de ce mariage… Après tout, Eidel connait Franz depuis l’enfance et c’est un jeune homme tout à fait gentil et charmant. Certes, ce n’est pas le plus bel homme que vous trouverez, Il est très grand, anguleux mais a un regard doux. Puis ses parents l’aiment énormément… Sûrement rêvent-ils de voir enfin leur fille cadette mariée, à vingt-quatre ans, il serait temps…

« Je pense que nous pourrions réfléchir à ce compromis, dit doucement Franz.
-Vraiment ? S'étonne-t-elle.
-Oui, nous savons tous ce que tu as enduré pour pouvoir faire ces études, il serait égoïste de t’en priver et de réduire tes efforts à néant.
-Dans ce cas… Il va nous falloir penser à une date pour ce mariage. »

Après tout, même si elle ne l’aime pas comme lui l’aime, au moins aura-t-elle la chance d’avoir un mariage heureux avec un personne respectable.


1927

« Cette robe est vraiment parfaite. » S’extasie Hannah toute en admiration qu’elle est devant sa fille.

Eidel passe une main sur le bustier de sa robe de mariée. Le mariage aura lieu dans moins d’un mois, pour le début du mois de mai. Franz a terminé ses études et travaille d’arrache-pied auprès de son père avec l’intention de pouvoir acheter une maison d’ici deux ou trois ans. En attendant, il a été décidé que le jeune couple irait vivre chez les Rosenbaum. La robe est jolie, dans une mousseline blanche légère, arrivant à mi-mollet ; des perles écru brodées sur le bustier et quelques dentelles sur ses manches. Oui, Eidel l’aime beaucoup. Dans son dos, elle peut entendre sa mère renifler.

« Oh, comme Bobe Yetta aurait aimé te voir ainsi. Dire qu’elle n’aura vu ni ta soeur, ni toi, vous marier. »

La jeune femme sourit tristement. Sa grand-mère lui manque, sept ans après son décès, il n’y a pas un jour où elle ne pense pas à elle. Elle ne sait pourtant pas si Yetta aura tellement approuvé ce mariage un peu à « contre-coeur » ; un an après la demande en mariage de Franz, Eidel ne sait toujours pas si elle a fait le bon choix… Elle essaie de se persuader que oui, c’est de toute façon trop tard. La couturière ajuste quelques détails puis libère Eidel qui retourne s’habiller. La robe sera prête d’ici deux semaines, juste un peu avant le mariage. Tout s’accélère d’un coup et la brune en garde un goût un peu amer dans la bouche.

***

Ils sont assis sur un banc dans le jardin de la demeure des Rosenbaum ; en plein dans un quartier charmant et aisé. Ils sont silencieux, Eidel a bien remarqué le teint pâle ainsi que les traits tirés de Franz. Lorsqu’elle lui a demandé s’il allait bien, ce dernier lui a juste répondu qu’il était un peu fatigué mais rien de plus. Il respire difficilement, se masse le ventre, une habitude qu’il a prise depuis quelques temps et bien qu’Eidel lui ait conseillé d’aller voir un médecin ce dernier ne l’a pas réellement écouté. La brune prend l’une des mains de Franz et sursaute.

« Franz, tu es brûlant de fièvre ! Tu dois aller voir un… »

La jeune femme n’a pas le temps de terminer sa phrase que son fiancé se plie en deux tout en crachant une quantité énorme de sang. Eidel pousse un cri de surprise, rattrape Franz juste avant que ne s’effondre la tête la première dans l’herbe et l’allonge sur le sol, sur le côté pour éviter qu’il ne s’étouffe dans le sang qu’il ne cesse de vomir. Elle hurle, en espérant qu’on l’entende. C’est la cuisinière qui l’entend, sort pour voir ce qu’il se passe pour se faire crier dessus d’appeler une ambulance de toute urgence. Les parents sortent à leur tour, Mme Rosenbaum blanchit brusquement tandis que le père reste là, les bras ballants, ne sachant que faire. Eidel maintient la tête, défait la cravate et la chemise pour qu’il puisse respirer mieux, se fichant de l’hémoglobine venant tacher ses vêtement. Mais que fait cette maudite ambulance ? Les minutes s’écoulent quand enfin cette dernière arrive et Franz est emporté sur un brancard jusqu’à l’hôpital. Les Rosenbaum et Eidel s’engouffrent dans la voiture pour rejoindre au plus vite Franz.

Les heures passent. Toujours aucun signe d’un médecin pour tenir informer la famille, installée dans une salle d’attente sombre. Eidel s’est isolée quelques instants dans les toilettes pour essayer de faire partir le sang sur sa robe mais c’est peine perdue. Elle se retient au lavabo, ses mains serrent fermement les rebords tandis qu’elle prend de grandes et profondes inspirations ; elle a cette nausée qui ne la quitte pas depuis qu’ils sont arrivés à l’hôpital. Le sang ne l’a jamais rebutée mais aujourd’hui, la vue l’en a troublée, probablement parce qu’il appartient à quelqu’un de son entourage. Elle se passe de l’eau sur le visage, l’essuie puis ressort des toilettes pour rejoindre les parents de Franz au moment précis ou un médecin en blouse blanche fait son entrée. Mr et Mme Rosenbaum se lèvent de leur chaise, s’avance vers le praticien et l’estomac d’Eidel se serre un peu plus.

« Votre fils souffrait d’un ulcère à l’estomac qui s’est percé, d’où l’hémorragie ainsi que d’une péritonite.
-Un ulcère ? Mais, il faut l’opé… commence Eidel.
-Je suis désolé mais il est décédé d’un choc septique. Il n’y avait rien que nous ne puissions faire, son sort était couru d’avance. »

A côté d’elle, elle peut entendre sa future belle-mère fondre en larmes tandis qu’elle reste figée sur place. Pétrifiée. Décédé. Son fiancé est décédé. Franz est mort et Eidel est perdue.

***

Trois coups sont portés à sa porte, Eidel est allongée sur son lit et fixe le plafond. Ils sont rentrés il y a une heure de l’enterrement de Franz et la brune est dans le même état que quelques jours plus tôt. Aucune larme n’a coulé depuis le décès de son fiancé et Eidel ne comprend pas pourquoi. Elle est comme plongée dans un état second, dans une tétanie qui ne la quitte pas, une apathie. La brune ne répond pas, la porte s’ouvre et les pas de sa mère résonne dans la pièce avant qu’elle ne vienne s’asseoir sur le bord du lit de la jeune femme. Sa main vient attraper celles de sa fille, posée sur son ventre, le regard toujours fixe.

« Mayn gelibte, veux-tu une tasse de thé ? Cela te ferait du bien. » Dit doucement la mère.

Eidel secoue la tête de gauche à droite avant de poser son regard sur sa mère. Elle observe les traits un peu tirés de celle qui l’a mise au monde, la pauvre s’inquiète pour sa fille, Eidel le sait. Les épais cheveux bruns dont Ava comme Eidel ont hérité, ses yeux sombres et son petit sourire tendre. Hannah vient passer une main sur la joue de sa cadette, dépose un baiser sur son front.

« Je ne ressens rien, mame. Je… Depuis que Franz est mort, je ne sens rien. Je n’arrive pas à pleurer ou à être triste. Je suis un monstre sans coeur.
-Neyn mayn gelibte. Tu es juste encore sous le choc, c’est normal. Franz a fait parti de ta vie pendant presque vingt ans et sa disparition a été tellement brusque… Il te faut le temps de réaliser.
-Pauvre Herr et Frau Rosenbaum… Ils viennent de perdre leur fils unique. »

Eidel soupire, se tourne sur le côté pour se rouler en boule. Sa mère embrasse sa tempe avant de la laisser un peu seule. La brunette reste là pendant un long moment puis s’assied sur son matelas, passe une main sur sa nuque endolorie et se lève afin de retirer sa robe sombre. Le vêtement s’écrase sur le sol, elle ouvre son armoire dans l’optique d’enfiler autre chose mais sa main s’arrête sur une robe, blanche et délicate. Sa robe de mariée, enveloppée, attendant d’être utilisée. Ses doigts effleurent l’étoffe douce, s’arrête sur la fine dentelle et ses yeux se remplissent de larmes. Ses jambes cèdent sous son poids, elle tombe à genoux sur le parquet alors que son corps est secoué de violents sanglots. Si elle n’était pas amoureuse de Franz, il était son ami et elle pleure ce meilleur ami parti trop tôt. Elle pleure ce futur qui n’existera jamais. Mais elle pleure également de soulagement, ce mariage dont elle ne voulait pas vraiment n’arrivera jamais, elle ne deviendra l’épouse de personne et pourra continuer librement de travailler. Eidel s’en veut de penser ça, s’en veut de ressentir ce poids en moins sur ses épaules mais c’est la vérité. Aussi tragique soit-elle, la mort de Franz est un soulagement.



1928

Ses doigts entortillent nerveusement le tissu sombre de la toge qu’elle porte. Assise entre de nombreux jeunes hommes, seule femme au milieu des autres étudiants, elle attend avec angoisse. Et si au dernier moment, ils refusaient ? Et si ils n’appelaient pas son prénom et l’ignoraient malgré ses brillants résultats ? Ils en seraient capables. Personne n’a jamais apprécié la présence d’Eidel sur les bancs de la faculté de médecine et personne n’a réellement envie de lui remettre son diplôme. Que l’humiliation serait grande ! Alors que toute sa famille est installée plus loin derrière, que son père a sorti son plus beau costume pour l’occasion et que même sa soeur a fait le déplacement avec sa fille.

« Eidel Warszawski. »

Son coeur fait un bond dans sa poitrine, elle se lève brusquement et, mécaniquement, s’avance sur l’estrade pour récupérer le diplôme que lui tend le directeur avec un air visiblement agacé. Le diplôme en main, elle rejoint les autres personnes appelées avant elle et qui attendent la fin de la cérémonie avec une photographie. On tente bien de cacher Eidel dans le fond mais la brune joue des coudes pour pousser les hommes et se placer devant, afin que personne ne puis la louper. Un sourire triomphant sur les lèvres, il était hors de question qu’on lui vole sa réussite. Ils sont embarrassés ? Tant pis pour eux ! Un flash. Puis elle saute les quelques marches de l’estrade pour courir vers les membres de sa famille réunie. Son père dépose un baiser sur son front, ses yeux brillent de larmes qu’il tente de retenir. Sa mère, elle, n’essaie même pas de se cacher et pleure de joie en essuyant les larmes à l’aide d’un mouchoir. Une petite blondinette vient entourée ses jambes et Eidel se baisse pour la prendre dans ses bras. La gamine sourit, attrape le chapeau de sa tante pour le poser sur sa tête.

« Alors ? Je suis comment ?
-Magnifique, mayn feygela ! (mon petit oiseau)S’exclame la brune avant de recevoir un baiser de sa soeur.
-Enfin docteur. Fait Ava avec un sourire en coin.
-Oui, enfin ! »

Ils sont tous rentrés à la maison et se sont mis à table. Hannah a passé toute la matinée à cuisiner toutes les petites choses qu’aime par dessus tout Eidel, juste pour lui faire plaisir. Ils sont tous là, assis autour de la grande table de la salle à manger ; même les parents de Franz. Depuis le décès de leur fils, un an plus tôt, Mr et Mme Rosenbaum n’ont jamais coupé les ponts et s’accrochent en quelque sorte à Eidel, un peu comme si elle était le dernier vestige restant de leur fils. Mme Rosenbaum a déposé une petite boite plate sur l’assiette d’Eidel, dans laquelle reposait un collier en argent serti de petits émeraudes. Un objet précieux, qui semble ancien et la brune regarde celle qui aurait dû être sa belle-mère avec stupeur.

« Il appartenait à ma mère et ma grand-mère avant ça. Je sais que Franz avait prévu de vous l’offrir pour votre mariage…
-Je ne peux pas accepter, c’est bien trop précieux.
-Oh si, gardez-le. Il aurait aimé que vous l’ayez ; il aurait été fier de vous, vous savez. »

Un petit sourire triste étire les lèvres d’Eidel mais bien vite, sa nièce installée à côté d’elle pousse des exclamations en voyant le bijou. La mélancolie quitte rapidement la brune et la bonne humeur est au rendez-vous. Ce n’est qu’une fois le repas terminé et avec Arabella sur ses genoux que sa soeur Ava dépose un énorme paquet devant sa soeur.

« Encore un cadeau ? Décidément, c’est encore mieux que mon anniversaire ! » S’exclame Eidel.

Avec empressement, la brunette déchire le papier qui enveloppe le présent pour découvrir une magnifique mallette en cuir de dragon noir. A la lueur du soleil couchant, celle-ci avait des reflets verts. Les doigts d’Eidel caresse délicatement le cuir, s’arrêtent sur ses initiales gravées en lettre d’argent et des larmes envahissent ses yeux.

« Elle est magnifique… Tu n’aurais pas dû, elle a dû te coûter une fortune.
-Oh arrête et ouvre-là plutôt ! » Fait Ava en roulant des yeux.

Eidel obéit, découvrant l’intérieur surprenant de la mallette. Des étagères, des tiroirs, une vraie mallette magique ! Le tissu bleu pâle est doux au toucher et sa soeur lui explique que l’objet peut être rempli sans limite, qu’il ne sera jamais lourd et deviendra même une petite sacoche si besoin est. Et surtout, elle mordra si on ose l’ouvrir sans l’accord d’Eidel. La brune dépose sa nièce, se lève pour venir prendre sa soeur dans ses bras.

« Merci, elle est parfaite. »

***

La journée avait commencé comme n’importe laquelle. Le mois d’août se terminait, les jours commençaient à raccourcir et pourtant, l’été régnait toujours dans la maison Warszawski. Sûrement grâce à la jeune Arabella, en vacances chez ses grands-parents et sa tante pendant une petite semaine. La gamine tenait occuper tous les habitants de la maison, les traînant tous les jours au parc ou ailleurs. Son allemand était parfois un peu hésitant et elle le parlait avec un charmant petit accent anglais qui faisait sourire tout le monde. Lorsqu’Eidel était rentrée une petite heure le temps de prendre son déjeuner, Arabella s’était accrochée à ses jambes en la suppliant de rester jouer avec elle. La brune avait promis à sa nièce qu’elle rentrerait à la maison plus tôt que prévu et qu’elles iraient manger une glace. Seulement après avoir fait sa promesse, la blondinette a relâché sa tante pour la laisser partir. Oui, c’est ce qui aurait dû se passer. Eidel serait rentrée, se serait rapidement changée et elle aurait passé le restant de sa soirée avec la gamine qui aurait fini par s’endormir dans son lit. C’était un plan parfait.

« Allez, reviens, reviens, reviens ! » S’acharne Eidel.

Alors pourquoi rien ne s’est passé comme il le fallait ? Au moment de rentrer, son père l’a prévenu qu’Hannah et la petite étaient au parc, qu’Eidel les trouverait là-bas. C’est exactement là où elle se rendait, le parc est juste à quelques minutes à pied de la maison familiale. Elle était sur le trottoir en face quand elle a vu un ballon étrangement familier traverser la route. Elle n’a pas eu le temps de faire quoi que ce soit ; le bruit des freins, les pneus crissants sur le bitume et le petit corps d’Arabella propulsé quelques mètres plus loin. Elle n’a rien fait. Durant une demi seconde, Eidel est restée là, les bras ballants, la bouche ouverte, en état de choc avant de courir jusqu'à sa nièce. Elle s’est agenouillée à ses côtés, a cherché son pouls inexistant pour ensuite commencer un massage cardiaque. Dans son dos elle pouvait entendre les voix affolées appelant à l’aide mais elle restait concentrée sur sa tache, jusqu’à ce que son pouls reprenne, faiblement mais il était de nouveau là.

« Ca va aller mayn feygela, tout va bien se passer. » Murmure la brune en caressant le front de la petite inconsciente.

Mais pourquoi n’a-t-elle pas pris sa mallette ou sa baguette ?? Elle aurait pu utiliser un sort, n’importe quoi ! Qu’importe les moldus autour, elle s’en fichait. Ses mains sont trempées du sang écarlate de sa nièce, que fait cette maudite ambulance ?! On la pousse soudainement sur le côté, des ambulanciers installent Arabella sur une civière pour l’emporte dans l’ambulance. Eidel insiste, ne laisse pas le choix et monte avec eux. Sa mère ? Elle est pétrifiée sur le trottoir. Elle n’a pas eu le temps de rattraper la fillette qui s’était empressée d’aller récupérer son ballon. La grand-mère éclate en sanglots, le poids d’une énorme culpabilité lui tombe dessus ; l’une de celle qui ne pourra plus jamais la quitter jusqu’au jour de sa mort.


1930

Elle est emmitouflée dans son vieux manteau rapiécé par endroits, ses mains recouvertes de gants en laine qui ont connu de meilleurs jours et son visage est enfoncé dans son écharpe. Il fait froid, en ce mois de décembre. Cela fait plusieurs semaines qu’une épaisse couche de neige est venue recouvrir la ville de Berlin. La nuit est tombée depuis plusieurs heures déjà, Eidel est debout depuis bien avant l’aube et a passé sa journée à aller de maison en maison, de patient en patient. Ses yeux sont cernés, son teint est pâle, ses traits tirés par une fatigue extrême. Si elle le pouvait, la jeune femme se jetterait sur son lit pour dormir jusqu’au matin mais la brunette sait qu’elle ne le pourra pas. Elle se secoue sur le perron, tape ses pieds sur le paillasson avant de pousser la porte d’entrée de la maison familiale. Eidel retire son manteau, ses gants ainsi que son bonnet pour accrocher le tout au porte manteau. Elle frissonne. Le charbon manque et l’intérieur de la maison n’est pas bien chauffé, il a fallu faire des concessions et seuls le poêle de la chambre de ses parents ainsi que la petite cheminée du salon sont allumés. Le four lorsqu’il faut cuisiner.

« Tate ? Appelle Eidel en s’avançant jusque dans le salon. Oh tu es là. Je suis désolée de rentrer tard, as-tu mangé ? Maman a-t-elle mangé ?
-Non, je t’attendais. Je n’ai pas réussi à allumer le four. Répond son père, penaud.
-Ne t’en fais pas, je m’en occupe. »

Posé sur la cuisinière à bois, une lourde casserole attend d’être réchauffé. Eidel s’empresse d’allumer le feu, soulève le couvercle pour remuer un peu la soupe qui se trouve à l’intérieur. Un os à moelle qui flotte avec quelques pommes de terre. Plus de l’eau que quelque chose de consistant. Mais comment faire mieux ? L’Allemagne est plongée dans une crise économique, tout est devenu hors de prix et les économies de la famille ont disparu. Józef a même repris le travail, il donne quelques cours de mathématiques pour pas grand-chose tandis qu’Eidel, bien qu’elle soit médecin, ne soigne que des gens qui ne peuvent pas ou rarement la payer. A la place, elle repart de temps en temps avec des gâteaux, quelques pommes de terre, un chou ou des oeufs. Mais ça devient rare. Elle ne se plaint pas. Ne demande jamais rien. Elle plonge la louche dans la soupe pour remplir deux bols qu’elle dépose sur un plateau. Le premier sera pour son père et le second pour sa mère. La brune monte les escaliers, pénètre dans la chambre parentale et dépose le bol avec la cuillère sur la table de nuit. Allongée dans son lit, Hannah est au plus mal. Son teint est gris, elle est extrêmement maigre et elle respire difficilement. En quelques semaines, son état n’a cessé de se dégrader ; Eidel craint que sa mère n’en ait plus pour très longtemps. Elle s’assied sur le bord du lit, redresse un peu sa mère qui ouvre les yeux.

« Mayn gelibte. Commence-t-elle avant de se mettre à tousser.
-Ssshhh mame. Ne te fatigue pas, tiens, laisse-moi t’aider à manger ta soupe. »

Elle porte la cuillère aux lèvres de sa mère qui avale difficilement la soupe claire mais le fait tout de même.

« Comment s’est passée ta journée, mayn gelibte ?
-Plutôt bien. Le bébé des Hoffman est né à l’aube ; un garçon. Le troisième ! Herr Hoffman espérait enfin avoir une fille, elle était un peu déçue. La fille des Zimmermann, Ruth, est très malade. Une forte fièvre, la petite est complètement malnutrie. J’ai peur qu’elle ne passe pas la nuit… Gretel Neumann te passe le bonjour ; elle s’est encore bloquée le dos.
-D… Des nouvelles de ta soeur ? »

Eidel ne répond pas. Depuis l’accident d’Arabella, Ava n’a plus remis les pieds dans la maison ou même parlé à Hannah. Cela tue leur mère, de ne plus pouvoir voir sa fille aînée tandis que la culpabilité la ronge depuis deux ans. Brièvement, la petite brune secoue la tête pour signifier à sa mère que non, Ava n’a pas donné de signe de vie. Tous souffrent de cette situation et Eidel aimerait ramener sa soeur à la raison, l’implorer d’aller voir leur mère avant qu’il ne soit trop tard pour apaiser son âme en souffrance. A l’air de la serviette, elle essuie la bouche d’Hannah puis lui tend la petite bassine pour qu’elle puisse cracher d’épais caillots de sang.

« Repose-toi, mame. » Fait Eidel en se penchant pour embrasser le front de sa mère.

Avant de sortir, elle vérifie que le poêle est assez alimenté pour la nuit puis sort afin de retourner dans la cuisine. Elle mange rapidement sa soupe, fait la vaisselle puis remet de l’eau à chauffer pour se laver. Cela fait quelques jours que l’eau chaude ne marche plus, qu’il faut se contenter de se laver dans le baquet que l’on utilise pour faire la lessive plutôt quel a baignoire à l’étage. Le temps que l’eau chauffe, Eidel monte récupérer ses affaires de toilettes puis prend soin de bien fermer la porte de la cuisine. Elle verse l’eau chaude dans le baquet, refait encore chauffer, verse, chauffe puis en garde de côté pour se rincer les cheveux. Si à une époque elle pouvait rester dans l’eau du bain jusqu’à ce que le liquide devienne glacer, maintenant la brune se dépêche le plus possible. Elle se frotte, lave ses cheveux rapidement et s’empresse d’enfiler sa chemise de nuit ainsi qu’un pull et d’épaisses chaussettes de laine. La cuisine rangée, Eidel regagne sa chambre sur la pointe des pieds et elle ne perd pas une seconde pour se précipiter dans son lit. Elle s’enroule dans sa couette, frissonnante et ferme ses paupières. Le sommeil ne tardera pas à l’emporter ; demain, avant l’aube, commencera une nouvelle journée.




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MessageSujet: Re: Whoever saves one life, saves the world entire. - Eidel   Lun 6 Fév 2017 - 16:05

Refusé, c'était trop long j'ai eu la flemme de lire !

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MessageSujet: Re: Whoever saves one life, saves the world entire. - Eidel   Jeu 9 Fév 2017 - 21:56

Bienvenue sur The Greater Good
Vous voilà officiellement sorcier


Félicitation à toi, Eidel Warszawski. Tu fais officiellement partie des Civils.

MOI J'AI LU. Mon avis sous spoiler:

Spoiler:
 

Avant de pouvoir totalement rp parmi nous, n'oublie surtout pas d'aller faire recenser ton avatar, ton métier, ton patronus si tu le maîtrises et ta capacité spéciale si tu en as une. Après cela, tu vas enfin pouvoir commencer à jouer !
Nous t'invitons chaudement à aller poster ta fiche de lien ainsi que ta fiche de rp. Tu peux aussi te préparer un sujet au Bureau de Poste des Hiboux si tu veux que les autres t'envoient de petites lettres. Si tu te poses encore des questions sur l'univers, n'hésite pas à jeter un nouveau coup d’œil aux Annexes ou même à contacter un membre du staff si la réponse à tes questions ne s'y trouve pas.

Une nouvelle fois bienvenue à toi,

Le Staff



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